VERS UN 2008 BIS ?

En 2007, des millions de familles américaines incapables de rembourser leur crédit étaient jetées sur les trottoirs, sans toit au-dessus de leur tête.

Des quartiers entiers vides de vie, des occupants réfractaires délogés de force par la police et des remises des clefs pour les plus résignés défilaient quotidiennement dans les journaux.

 

 

10 ans plus tard, ces images menacent de faire leur retour sur vos écrans.
 

Sans titre 14

Une éviction à Baltimore en 2007

En cause, un mécanisme de crédit américain complètement aberrant et irrationnel.

La facture qu’il a laissé à la planète est chère. Très chère : une crise financière et bancaire qui a contaminé le monde entier en 2008.

Et aujourd’hui, il se passe à nouveau des choses étonnantes aux Etats-Unis.

A Philadelphie, des familles deviennent propriétaires sans le moindre apport. En Floride, elles achètent un charmant pied à terre avec un faible apport et sans aucune condition de revenus.

Le crédit n’a jamais été aussi simple à obtenir et les prêteurs se battent même entre eux pour séduire de nouveaux d’investisseurs. En parallèle, les prix des maisons s’envolent.

Une maison à Baltimore valait 240 000 dollars il y a 5 ans, elle se vend 400 000 dollars aujourd’hui.

Alors que s’est-il passé ?

En fait, personne n’a retenu la leçon donnée par l’effondrement des subprimes en 2007.

Pas les ménages américains qui s’endettent à nouveau pour occuper des maisons qu’ils ne pourront jamais payer. Pas les courtiers prédateurs qui lorgnent toujours sur leurs commissions. Pas non plus les banquiers gangsters qui flirtent avec le risque et la spéculation.

Et encore moins les gouvernements qui n’ont rien fait pour attaquer le problème à la source : modifier le système d’endettement américain.

Résultat : le krach qui se profile aujourd’hui à l’horizon pourrait éclipser tous les précédents.

Le crédit immobilier américain est complètement absurde.

Le mécanisme du crédit américain est très particulier, en réalité complètement absurde pour un européen.

Imaginez qu’une banque américaine accorde un crédit à la famille Parker. Cette banque détiendra une hypothèque sur la maison jusqu’à ce que M. et Mme Parker aient fini de payer la dernière mensualité.

Si subitement cette famille ne parvient plus à joindre les deux bouts, parce que la banque n’a pas été très regardante sur leurs revenus, et que les mensualités augmentent tous les mois, il existe une solution.

Les Parker rendent les clefs, la banque récupère la totale propriété de la maison, et les choses s’arrêtent là.

Vous avez bien lu. La famille n’est pas poursuivie, elle rend les clefs et le crédit prend fin. A la banque de se débrouiller pour revendre le bien sur le marché et récupérer sa mise. Aux Parker de trouver un autre toit à mettre sur leur tête.

C’est ce que de nombreux adeptes appellent le « rêve immobilier américain ».

Et c’est ce qui fait que le cauchemar recommence aujourd’hui.

Crise des subprimes 2.0

En 2000, les subprimes sont LA solution pour des millions de ménages américains sans moyens qui espèrent devenir propriétaires.

Les banques consentent à leur octroyer un crédit en pariant sur le fait que leur maison va prendre de la valeur. Beaucoup de valeur.

Ces dernières se disent qu’en cas de difficultés, la revente du bien devenu plus cher suffira à rembourser la totalité du crédit.

Presque logiquement, le crédit subprime est un énorme succès.

En 2006, 23% des prêts immobiliers souscrits sont des crédits subprimes.

Un an plus tard, tout s’effondre.

Deux coupables sont dénoncés sur le moment : l’arrêt de la hausse des prix et le relèvement des taux par la Banque centrale américaine (FED).

Les mensualités augmentent et s’accumulent pour les ménages en retard de paiement. Les banques, intraitables, réclament leur dû.

Elles finiront par ordonner l’expulsion des occupants et la saisie de la maison qui sera mise sur le marché à prix cassé.

Le monde assiste effaré au plus gros scandale de la décennie.

Entre 2007 et 2012, les logements perdent 30% de leur valeur. A Las Vegas, les prix chutent même de 80%.

Sauf que depuis le monde est devenu complètement amnésique.

La famille Parker renoue avec ses vieux démons : l’endettement.

Pourquoi s’en priverait-elle ?

Les locations sont devenues hors de prix et c’est bien connu : louer c’est jeter son argent par les fenêtres. Avec la crise, les anciens propriétaires sont devenus massivement locataires faisant exploser les loyers. Mais il faut bien dormir quelque part.

En plus, grâce à la FED, le crédit est à nouveau bon marché et les prix des logements augmentent comme jamais. Même les banques prennent les investisseurs par la main.

Pour les Parker l’équation est simple : continuer de vivre dans une location minuscule et hors de prix. Ou s’endetter sur 30 ans avec des taux variables pour profiter d’une grande maison dans les beaux quartiers.

Et rappelez-vous en cas de faillite, la revente du bien couvrira l’emprunt. Sinon, la famille n’aura rien perdu au change.

Toutes les pièces semblent être en place pour que l’histoire se répète.

En réalité, la situation est bien pire qu’en 2008.

Plus d’un tiers des Américains n'arrive plus à subvenir à ses besoins élémentaires. Phénomène rare, le revenu médian de la classe moyenne a diminué de 4% entre 2000 et 2014.

6 millions de propriétaires (15% des prêts immobiliers) n’arrivent toujours pas à faire face à leurs dettes.

Et surtout, près d’1 millions de foyers doivent rembourser des dettes équivalentes à deux fois la valeur actuelle de leur logement.

Dans un système économique sain et rationnel, lorsque vous n’avez plus d’économies, il est difficile, voire impossible d’obtenir un prêt.

Pas aux Etats-Unis.

Et il n’y a pas que l’immobilier qui soit touché.


Les prix des actions et des obligations atteignent aussi des niveaux inégalés.


Dans un monde globalisé les marchés sont devenus interdépendants et interconnectés. Comprenez, plus personne ne coule seul en silence.

L’effondrement de l’économie américaine se répercutera sur le reste du monde comme elle l’a fait par le passé… en 2008.

Article réalisé par Olivier Perrin - Le Vaillant Petit Economiste
 

Ajouter un commentaire