Comment cette maison a doublé de prix depuis 2008

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C’est une maison de pêcheur typique du port de Baltimore, sur la côte Est des États-Unis.

Je la connais bien avec sa drôle de couleur bleue, il ya quelques années, j’ai habité dans la même rue, dans le quartier à la mode de Federal Hill.

C'était juste après la débacle de 2008 et je rêvais d'acheter cette maison qui était à vendre pour 230 000 dollars : une aubaine.

Aujourd'hui elle en vaut 400 000$ et Robert en est l’heureux propriétaire depuis quelques heures.

 

Robert à 35 ans et une vie pas très brillante.

Il traine un emprunt étudiant de 120 000 dollars qu’il n’arrive pas à rembourser : on lui avait promis un job à 50 000 dollars avec son diplôme, mais la crise est passée par là et il enchaine les petits boulots avec sa femme.

En tant que locataire, Robert ne pouvait se payer mieux qu’un 30m2 miteux : La crise immobilière de 2008 a mis des millions de propriétaires à la rue qui ont fait grimper en flèche les prix à la location. Et puis avec son dossier, il se fait barrer partout.

Mais cette maison, Robert a pu l’acheter sans apport personnel grâce à une bourse et un courtier peu scrupuleux.

Car dans le fond Robert sait très bien qu’il faudrait un miracle pour qu’il puisse rembourser la maison.

Mais qu’importe le taux variable de son emprunt est tellement bas qu’aujourd’hui Robert rembourse moins pour sa jolie maison que son loyer pour son ancienne cage à poule…

Et puis si les taux remontent et qu’il ne peut plus payer son emprunt, il rendra les clés de la maison à la banque : aux États-Unis, la banque ne peut rien saisir d’autre que la maison pour rembourser la dette de Robert. Elle n’a pas le droit de saisir son salaire ou ses autres biens.

Alors cette maison achetée sans apport et dont le remboursement lui coute bien moins cher qu’un loyer, le jour où il faut partir… Eh bien oui Robert la quittera sans se retourner et reviendra dans son 30m2 miteux.

Mais au moins il aura profité de quelques années de rêve américain.

Et vous, vous ne feriez pas comme Robert ?

Le courtier, lui, a pris sa commission. Qu’importe la suite.

La banque, elle, est asphyxiée par les taux bas qui l’empêchent de gagner sa vie.

Elle est prête à tout pour trouver un peu de rendement quitte à prêter à Robert qui n’est absolument pas solvable… Mais tant que le marché immobilier monte ce n’est pas grave.

Le principal, c’est que cela tient jusqu’à la fin de l’année : on n’a jamais demandé à un banquier de rembourser ses bonus. Alors peu importe si tout s’effondre l’année suivante.

En revanche, pourquoi la Réserve Fédérale américaine et toutes les grandes banques centrales ont mené ces folles politiques de taux bas qui détruisent les fondations mêmes de nos économies et de nos sociétés… Je pense que même eux ne savent plus bien pourquoi.

Mais la suite, je la connais : ils savent très bien que s’ils remontent leurs taux, ils mettront à nouveau la moitié de l’Amérique à la rue et déclencheront une crise de proportion biblique… Et ça, ils n’y sont ABSOLUMENT pas prêt. Personne ne veut être celui qui appuie sur le bouton. Personne ne veut être celui qui crie que le Roi est nu (surtout pas le roi lui-même).

Alors cela va continuer… Déjà les indicateurs immobiliers sont revenus aux niveaux d’avant crise.

Déjà, la hausse de l’immobilier étrangle les Américains qui laissent 40% de leur revenus dans les loyers et remboursements d’emprunts.

Puis cela va devenir 42%45%47%50% : la moitié de leur revenu pour se loger en moyenne ? D’après-vous combien peuvent-ils supporter avant de crever littéralement de faim et de prendre les armes ?

Déjà les émeutes de plus en plus violentes et régulières secouent le pays jusque dans ses racines.

Les États et banques centrales ont enfanté d’un monstre qui leur échappe totalement et que font-ils ? Ils espèrent le calmer en le nourrissant de plus en plus ?

Les États et Banques centrales sont devenues incapables de voir au-delà de l’instant présent.

Lettre éditée par Olivier Perrin "Le Vaillant Petit Economiste"

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